Créer son entreprise après la perte d’un emploi

En 1978 Raymond Barre,économiste et premier ministre déclare brutalement

les chômeurs n’ont qu’à créer leur entreprise

(sous-entendu : s’ils n’arrivent pas à retrouver un emploi).

De la part de ce pur produit de l’université et des grandes écoles françaises qui ne connut l’entreprise que par personnes interposées, faisant une carrière exclusivement universitaire et politique, et dans une époque où la création d’entreprise est encore peu répandue et le travail perçu comme un droit, ce propos fait scandale.

L’attirance pour la création d’entreprise

Aujourd’hui, la situation a énormément évolué. La France a développé un intérêt pour entrepreneuriat qui n’existait pas dans les années soixante-dix, même si la culture d’entreprise hexagonale n’est pas aussi développée que chez nos voisins anglo-saxons.

Les modes de travail ont évolué aussi ; la disparation des grands établissements industriels, transférés dans les pays en voie de développement a fait la place à de nombreux services, beaucoup plus adaptés à la création de petites entreprises. L’organisation du travail s’est fragmentée, les salariés passent beaucoup moins de temps dans une entreprise, cumulent des emplois à temps partiels.

Billets et pièces en euro

Le capital social minimal à un euro : un coup de boost pour les SARLs

La difficulté à obtenir un CDI, la création du statut d’auto-entrepreneur ont permis à des entreprises de jouer avec la loi en externalisant des postes de travail sous l’apparence de contrats de sous-traitance.

Le web et les nouvelles technologies facilitent aussi la création d’entreprise en diminuant les investissements nécessaires : l’automatisation des déclarations fiscales, par exemple, ou tout simplement le mail, les outils bureautiques, permettent d’économiser sur les postes administratifs, pendant que les e-boutiques permettent de vendre des produits sans investir dans un magasin physique.

Bref, qu’elle soit souhaitée ou subie, la création de son entreprise est devenue une solution pour le chômeur qui peine à retrouver un emploi, ou pour celui qui souhaite sortir du carcan d’un emploi salarié pour devenir son propre patron. Le résultat :

une entreprise sur deux est créée par un demandeur d’emploi.

Les freins à la création en diminution

La création d’entreprise est une aventure risquée, encore plus quand on est chômeur : au bout de cinq ans, une entreprise sur deux a disparue. Si l’état aide les chômeurs à créer leur entreprise en leur permettant de bénéficier de leurs allocations chômage pendant qu’ils se créent leur activité, un chômeur a une pression plus importante en termes de temps pour créer son entreprise ; il peut aussi avoir plus de difficultés à la financier.

Un sondage réalisé par l’Insee met en évidence le profil type du créateur d’entreprise : 72% des créateurs créent leur première entreprise et 41% ont mené à bien leur projet seuls.

Une écrasante majorité trouvent les formalités de création trop lourdes et complexes. Bien que la France ait lancé de nombreux projets de simplification administrative, l’entrepreneur débutant est confronté à la multiplicité des administrations, au RSI, bête noire des petits entrepreneurs, aux multiples possibilités de statuts… Alors qu’il a besoin de se concentrer sur ses produits et ses clients, il passe beaucoup de temps dans l’administratif.

Un homme et des rouages

La complexité de la création d’entreprise rebute de nombreux nouveaux créateurs

Choisir sa forme de société et rédiger ses statuts

Le choix de la bonne forme de société est essentiel. Si la formule de l’auto-entrepreneur rencontre un grand succès, elle est plutôt à réserver aux activités d’appoint. En effet, au delà d’un seuil de chiffre d’affaires assez bas, les avantages de l’auto-entrepreneuriat disparaissent.

La SARL reste le choix le plus fréquent. Il existe quelques sources d’information fiables sur les SARL qui font le point sur la totalité des formalités, des avantages et des inconvénients. La récente diminution du capital social minimum à 1 € met la SARL à portée de tout créateur d’entreprise.

Pôle-Emploi de son côté accompagne les demandeurs d’emploi en leur proposant un support spécifique et des stages.

Personnes en stage

Stages Pôle Emplois : un accompagnement du créateur d’entreprise

Attention néanmoins à bien préparer l’avenir : la rédaction des statuts, le choix des éventuels associés, la rédaction de l’objet social sont des points importants. Pour l’entrepreneur, le choix du statut entre gérant salarié et gérant non salarié doit être effectué en tenant compte de sa situation patrimoniale et familiale.

La SARL est donc une société légère à créer, sans capital important, mais qui protège plus le patrimoine personnel de l’entrepreneur que des statuts comme la commandite. C’est ce qui explique son succès.

Un bilan positif ?

Il est difficile de tirer un bilan complet.

La création d’une entreprise quand on est chômeur permet-elle simplement de préserver sa propre source de revenus, en externalisant un emploi, permet-elle de développer un niveau de revenu supérieur au salaire qu’on recevait, comme rémunération du risque ? Permet-elle au contraire de créer de nouveaux emplois, en passant le cap de la TPE, l’ancien chômeur embauche ?

Devenir son propre patron est un changement de mode de vie fondamental. Bien le préparer, en s’informant largement, est une clé de la réussite.