L’accès alternatif au crédit en développement avec le crowdlending

Le crowdlending, dont le nom est calqué sur le crowdfunding, mot-à-mot « prêt par la foule », est un mécanisme de prêt collectif, direct, de l’emprunteur aux prêteurs. A l’image du crowdfunding, il a pour objectif de supprimer des intermédiaires financiers et de permettre aux investisseurs (les prêteurs) de décider précisément quels sont les projets qu’ils soutiennent, au lieu d’investir dans des portefeuilles importants dont ils ne peuvent pas influencer la stratégie ni les décisions.

Financement participatif

Financement participatif

Un développement fulgurant avec des taux de croissance à trois chiffres

On assiste depuis environ deux ans à une explosion du crowdlending, déjà bien développé aux Etats-Unis.

Que ce soit en France, en Belgique ou en Suisse, les taux de progressions des sommes prêtées au titre du crowdlending dépassent largement les 100%, atteignant même les 133% en France.

Pourtant, la pratique est plus répandue en France que dans les deux autres pays : un français va prêter en moyenne un peu plus de 3.000 € en 2015, contre 1.000 € pour un suisse (et le Belge découvre seulement ce marché avec un prêt moyen par personne de l’ordre de 300 €).

Bien que les sommes prêtées puissent être destinées à financer des projets particuliers comme des projets d’entreprise, elles sont en très grande majorité levées par des entreprises. Même les collectivités locales s’y mettent : la communauté d’agglomération de Saint Brieuc vient de se lancer dans l’aventure en finançant via la plateforme dédié Collecticity un montant de 8.400 € qui lui permet de boucler le financement d’installation de panneaux photovoltaïques, déjà financés par l’état à 80%.

Cette croissance a des causes multiples, complexes, et des motivations en partie irrationnelles ou en tout cas, émotives.

Contourner les réductions d’accès au crédit

Elle se produit dans un contexte de crise et de restriction des crédits qui pourrait étouffer encore plus des économies en crise, empêchant une reprise de type keynésienne.

En effet, malgré leurs credo d’orthodoxie financière libérale, les Etats-Unis financent et aident largement leurs PME, quant aux pays asiatiques, il ne font même pas semblant d’être libéraux.

Par contre, en Europe, la libéralisation de plus en plus grande du système financier sous l’égide de la Banque Européenne a pour corollaire une diminution de l’intervention directe des états. Si on y ajoute les mesures d’assainissement des banques mises en place à partir de 2008 pour répondre aux impacts de la crise des subprimes, le résultat final est simple : il est de plus en plus difficile pour les TPME d’obtenir des crédits.

Le crowdfunding devient pour elles un moyen de contourner la frilosité imposée des banques, et d’accéder directement aux investisseurs.

Investir dans l’économie réelle

Pour ces derniers, participer à un crowdfunding permet de savoir directement ce que l’on finance, au lieu de passer par un fonds déshumanisé pour lequel les seules informations fournies seront des taux de performance.

C’est l’équivalent, dans le financement, de la différence entre l’investisseur en actions, qui sélectionne en Bourse les valeurs sur lesquelles il veut investir et suit leur évolution, et celui qui se contente d’acheter des parts dans un fond d’investissement.

De plus, pour beaucoup des « early adopters » du crowdfunding, cet investissement direct s’accompagne d’une dimension politique :au delà des promesses souvent peu tenues des fonds d’investissements éthiques et de tout greenwashing, l’investisseur a la possibilité de choisir des projets qui correspondent à son éthique.

Des risques sous-estimés ?

Le taux auquel l’argent est prêté résulte souvent d’un système d’enchère, il est censé représenter la rémunération du risque. Pourtant, selon certains analystes, les projets sont trop récents pour avoir une réelle visibilité, et le taux de non remboursement devrait, sur le long terme, avoisiner les 15%, ce qui est supérieur aux chiffres annoncés par les plateformes.

De plus, en cas de défaillance de l’emprunteur, il n’y a pas toujours de mécanisme de réassurance et jamais, bien évidemment, de créance privilégiée et l’emprunteur est quasiment certain de ne pas revoir ses fonds. Enfin, il ne faut pas oublier le risque de défaillance de la plateforme d’intermédiation elle-même : certaines ont déjà dû fermer leurs activités ou les vendre, faute d’atteindre le seuil critique.

Par contre, les quelques scandales rencontrés, notamment en Chine, sont caractéristiques d’une activité en démarrage et n’indiquent pas, a priori, un risque de malversation plus élevé dans ce secteur.

En conclusion, le crowdlending se développe rapidement

parce qu’il correspond à la fois à un besoin pour les emprunteurs (contourner les difficultés justifiées ou pas d’accès au crédit) et aux prêteurs (maîtriser directement leur investissement en choisissant des projets). Concurrent du secteur bancaire, le crowdfunding reste un mode de financement soumis aux contraintes légales et économiques, et ne peut se développer durablement qu’avec le développement d’un système d’assurance et d’une notation des projets.

A ces conditions, quelques plateformes de crowdlending arriveront sans doute à avoir, dans le domaine financier, la même importance qu’Iber dans le secteur du transport de personnes, ou AirBnb dans celui de l’hébergement.

Pour en savoir plus

Il existe de nombreux sites pour s’informer sur le crowdlending et les financements participatifs. En particulier :

  • Crowdlending.fr , un portail comprenant un agrégateur de projets, un blog et un forum
  • Pretgo, une plateforme de financement participatif avec de nombreuses pages explicatives
  • Une étude détaillée sur le marché du crowdfunding en Suisse (en anglais)