L’élection présidentielle sera économique, ou ne sera pas

… pour paraphraser Malraux. Mais la démission d’Emmanuel Macron de son poste de Ministre de l’Économie et des Finances, pour se lancer officiellement dans la course à la présidence vient de marquer le réel coup d’envoi de la campagne présidentielle. Le ministre de François Hollande, qui n’a rien d’un homme de gauche traditionnel, claque la porte du gouvernement pour des raisons économiques, souhaite se présenter pour des raisons économiques.

Le ministre sur les bancs de l'Assemblée, faisant la moue

Emmanuel Macron à l’assemblée nationale

Il recentre sur l’essentiel un débat qui s’était égaré dans les zones nauséabondes du burkini, jusqu’à en indisposer les français, hésitants entre positions tranchées et ras-le-bol d’un problème dont la solution, quelle qu’elle soit, ne changerait rien au niveau de leur compte en banque.

Car l’essentiel des débats sur l’immigration est suscité par une réalité économique, insatisfaisante (euphémisme quand tu nous tiens !) qui provoque des réactions de peur et de rejet de la part des citoyens, réactions sur lesquelles le gouvernement s’empresse de surfer, content de cet écran de fumée qui évite les véritables questions.

A l’heure de l’Europe, l’économie est-elle encore un enjeu de politique nationale ?

Clairement oui. A côté du discours général d’impuissance face à une administration européenne à la fois opaque et toute puissante, qui a nourri le Brexit, la réalité est différente. La contrainte européenne existe, mais pas plus que la contrainte des marchés, et l’art du gouvernement est d’exploiter au mieux les – grandes – marges de manœuvre qui lui restent.

Ainsi, en fiscalité, si l’évolution des taux est encadrée pour pousser à une plus grande harmonisation, le gouvernement reste maître de son organisation et de sa législation (ex. les dernières mesures du lutte contre la fraude de la TVA),

Il peut aussi encourager des activités grâce au dispositif législatif. Si les domaines les plus connus sont l’immobilier et la politique énergétique, la position de leader de la France en matière de crowdlending est certainement due, au moins en partie, à sa législation complète sur le sujet.

Facilitation, orientation, formation, mise en place des infrastructures techniques, physiques et virtuelles, simplification de la législation, encadrement des poussées de fièvre sociale, support des plus pauvres pour leur permettre une réinsertion plus rapide : tout cela dépend de l’économie et l’influence.

Comment comprendre les débats électoraux d’un point de vue économique ?

Malheureusement, ce n’est pas simple. Encore plus que dans d’autres domaines, le débat économique est tué par la brièveté des débats, les statuts Facebook et les titres outranciers des grands portails internet (Yahoo, peu à peu, a glissé au niveau de la presse caniveau dans ce domaine).

De plus, des études prouvent que, sur les réseaux sociaux, on ne voit principalement que ce avec quoi on est d’accord.

S’informer sur les enjeux économiques et évaluer les promesses des futur(e)s candidats demande des efforts. Sur le net, à côté des réseaux sociaux, il existe des sources d’informations plus fiables et plus équilibrées (qui peuvent bien sûr être relayées par les mêmes réseaux sociaux).

Un site d’information économique (comme le nôtre) se distingue d’un blog comme le fameux blog Sarkofrance ou le blog de Jean Quatremer en ce sens qu’il tente d’apporter un éclairage technique et non partisan.

L’objectivité totale est bien sûr impossible. Le choix de nos sujets dénote déjà une orientation, comme celui sur la possible robotisation, mais un site d’information, comme son nom l’indique « informe », en séparant, s’il le faut, présentation et analyse des faits de l’opinion de l’auteur. C’est aussi le cas d’un blog comme celui de Charles Sannat, Insolentiae, qui « vend » les thèses de son auteur, mais les explique et les justifie.

Les sites d’actualité, les sites d’archives, celui de l’Insee, en particulier, permettent quant à eux de remonter à la source, aux chiffres et aux faits, pour effectuer un fact checking permanent, vérifier toutes les affirmations des candidats, en particulier les réussites clamées et les échecs imputés à l’adversaire.

Sortons du virtuel. Il existe des émissions économiques de qualité, qui rassemblent suffisamment de téléspectateurs pour prouver l’intérêt des français. A l’heure des débats, les graphiques de François Lenglet referont le bonheur des spectateurs, mais l’on peut déjà lire ses livres, d’excellente vulgarisation de haut niveau.

Il n’y a pas de politique sans économie

Voter sans avoir une idée, même partielle, des enjeux économiques, revient à acheter un billet de loterie nationale.

L’économie est à la fois une donnée externe et un axe de politique essentiel.Reste à comprendre ces enjeux, pour décider de façon aussi éclairée que possible, en fonction de ses propres idéaux. Bonne lecture pour les mois qui viennent !