La permanence de l’or au temps de la dématérialisation monétaire

Jusqu’à ces derniers mois, la marche vers la dématérialisation complète de nos transactions monétaires semblait inéluctable.

On a pu en effet assister à

  • la multiplication des modes de paiement en ligne avec de plus en plus d’intermédiaires et de plus en plus de facilité pour les e-commerçants,
  • le développement des paiements en boutique par simple contact de la carte de crédit, ou mieux du smartphone, avec le TPE,
  • et en même temps, les incitations à utiliser le « porte monnaie électronique » (qui n’est pas la même chose, il s’agit plus d’une carte prépayée),
  • la montée en puissance des paiements alternatifs comme Bitcoin, qui présentent pour certains l’avantage d’être indépendant de toute autorité centrale et de tout système bancaire,
  • une augmentation des frais bancaires sur les moyens de paiement traditionnels comme les espèces ou les chèques

Bref, on pouvait penser que, bientôt, il en serait des pièces et des billets comme des anciennes cabines téléphoniques, transformées en antiquités ou en objet de décoration, et que, bientôt, les ONG distribueraient aux SDF des petits terminaux 3G pour leur permettre de faire la manche électronique.

Pépites d'or sur une balance

Le plus brut des moyens de paiement : la pépite d’or pure

La défiance vis-à-vis des systèmes bancaires

Oui, mais voilà… la crise est passée par là.

La dématérialisation implique un système de type « bancaire », qu’il soit étatique, privé, ou parallèle.

L’expérience vécue par les particuliers lors des crises économiques qui se succèdent depuis 2009, des subprimes américaines à la crise grecque ont suscitée une défiance grandissante envers un système bancaire qui peut faire faillite et que les états sont de moins en moins décidés à garantir.

En particulier, la directive européenne de 2015 permettant aux banques de ponctionner les comptes de leurs clients avant de se mettre en faillite a été une pierre jetée dans la mare de la sécurité des dépôts bancaires, habituellement garantis par l’état.

Mise en place en France à partir du 1° janvier 2016, elle a suscité de nombreuses inquiétudes, en particulier de la part des petits épargnants, alors que seuls les gros comptes (plus de 100.000 € de dépôts) sont visés et seulement en troisième et dernier recours avant l’appel à l’aide de l’état ou de la communauté européenne, et donc des épargnants,

Elle a matérialisé les risques liés à la fragilité du système bancaire, car s’il était parfaitement sur, on n’aurait pas besoin d’une telle loi. D’autre part, elle est perçue comme une porte ouverte, le seuil de 100.000 € pouvant, pourquoi pas, être abaissé en cas de crise grave.

Enfin, elle met l’accent sur le fait que le système bancaire est avant tout privé. Dans une économie libérale comme celle des pays européens, l’état n’est pas le garant ultime des dépôts bancaires (même dans des organisations autrefois publiques comme la Banque Postale), la relation entre la banque et le déposant est une relation client-fournisseur, où le client prend un risque, comme dans toute relation commerciale.

Le retour de l’or comme valeur échappant aux incertitudes financières

Signe des temps troublés, l’or redevient donc un investissement attractif. Il véhicule encore, pour certains, l’image d’un « investissement de grand-père », avec tous les clichés des pièces d’or cachées sous le matelas, et certains analystes financiers déconseillent tout investissement dans l’or.

Ainsi  Ernst Wolff rappelle que l’or avait été confisqué lors de la crise des années 30 aux Etats-Unis, tandis que Willem Buiter, un analyste du Citigroup pense que l’or est

dans une bulle financière depuis 6.000 ans

… ce qui est une jolie formule pour résumer le fait que l’or est effectivement depuis « des temps immémoriaux » une valeur refuge dont la valeur inclut la sécurité toute particulière qui lui est attachée. (cf un article l’article d’origine en anglais).

(Pour rappel, la valeur accordée à l’or n’est pas purement psychologique : l’or pur est en effet le seul métal naturel qui ne peut subir aucune corrosion ou altération). Cette opinion est minoritaire, et semble, pour certains analystes, plus la tentative de défense d’un système bancaire en difficulté qu’une conviction profonde.

D’autres économistes, à commencer par Alan Greenspan recommandent, quant à eux, d’investir dans l’or

 

Et même Willem Buiter semble revenir sur ses préventions et considérer l’or comme un investissement possible…

Comment investir dans l’or ?

Si vous décidez, en fonction de votre situation patrimoniale, d’investir dans de l’or, il est important de le faire de façon sécurisée.

L’or a cette particularité d’avoir un marché secondaire où les prix sont équivalents à ceux du marché primaire. En d’autre termes, le lingot ou la pièce d’or qui aura été fondu à partir de bijoux collectés aura exactement le même prix au gramme que le même lingot fondu à partir d’un métal fraîchement extrait des profondeurs d’une mine. Le prix du rachat de l’or sera lui-même très proche, seule la marge et les frais de l’intermédiaire sont ponctionnés, mais le marché étant transparent, il est facile de trouver le plus offrant.

Napoléon en or sur fond de lingots

Le Napoléon et les lingots sont les deux formes préférées d’investissement en or physique

L’or peut-être acheté sous forme de lingot ou de pièces. En France, le Napoléon est utilisé pour l’investissement. En effet, pour toute autre pièce, ou pour toute autre forme (bijoux, etc.) la valeur de l’or va être modifiée par la valeur de l’objet (rareté numismatique, qualité artistique, etc). Le contrat doit préciser le titrage et le prix de rachat de l’or.

Il doit être acheté auprès d’un courtier spécialisé, d’un bureau de change ou de votre agence bancaire. Pour lutter contre le blanchiment et la fraude, il ne peut pas être réglé en espèces, mais uniquement via un moyen de paiement bancarisé et traçable (chèque barré, virement, carte bancaire). Oubliez donc – pour l’instant – le BitCoin.

La question du stockage est importante. En effet, si vous êtes réellement méfiant vis à vis de votre banque, vous pouvez décider de ne pas y laisser l’or en dépôt. Si vous le conservez chez vous, votre assurance vous demandera de mettre en place des normes de sécurité importantes, avec un coffre, dès que la quantité d’or dépassera les valeurs couvertes par votre assurance habitation contre le vol.