La pertinence de l’information économique : modèles et / ou avis d’experts ?

Que ce soit au niveau macro ou micro-économique, une analyse purement mécanique des tendances économiques – comme elle se pratique parfois pour les prévisions sur les marchés boursiers – n’a pas de valeur à moyen ou long terme, rarement à court terme.

De plus en plus d’incertitude en économie

Alors que l’on a dit, pendant longtemps, que les politiques étaient soumis à l’économique et n’avaient pas de marge de manœuvre, l’impact des dernières élections sur les marchés a prouvé le contraire : le Brexit a fait chuter la livre, l’élection de Donald Trump a eu un impact moins important, mais la monnaie mexicaine a été fortement chahutée.

La particularité de notre époque semble être la remise en cause démocratique des paramètres économiques de base. Après une longue période de stabilité et de développement – en tout cas pour les pays de l’Europe de l’Ouest – le vingt-et-unième siècle semble remettre en cause les principes mêmes qui avaient permis ce développement :

  • le libre-échange est de plus en plus contesté, que ce soit dans les pays anglo-saxons, via le Brexit et l’isolationnisme de Donald Trump, ou dans d’autres pays européens qui s’opposent au TAFTA
  • la domination économique des États-Unis n’est plus, nous entrons dans une période où plusieurs pays se disputent le leadership et se le partageront probablement sur des zones différentes (États-Unis, quand même, Chine, Russie, Inde)
  • le domaine de la paix semble se rétrécir : l’Europe occidentale et développée avait réussi à maintenir à ses frontières les effets de l’éclatement de la zone communiste, mais qu’en est-il de Poutine et de sa « paranoïa » très conforme à la doctrine diplomatique russe, entre pays baltes et Chine ? Et le conflit avec Daesh, qui a déstabilisé une partie importante du Moyen-Orient et de l’Afrique ne peut-il pas continuer à perturber ces voisins trop proches pour que nous les ignorions ?

Incertitudes économiques, changements politiques surprenants sont maintenant la règle. Sans parler uniquement du Brexit, il suffit de voir combien peu de journalistes avaient prévu la victoire de François Fillon aux primaires des Républicains. Or entre un Fillon, un Juppé et un Bayrou, les options économiques sont franchement différentes !

Enfin, aux incertitudes économiques s’ajoutent les risques climatiques. Inondations et tempêtes sont de plus en plus fréquentes et destructrices. Les catastrophes naturelles font évoluer les législations comme le classement des terrains, qui deviennent non-constructibles et font chuter la valeur d’un bien construit quelques années auparavant, remettant en cause les plans de développement locaux.

Comment arbitrer sur le long terme ?

L’exemple de l’immobilier est d’ailleurs exemplaire de cette difficulté. Suivre l’actualité de l’immobilier, quand on est un particulier, nécessite des connaissances en matière fiscale comme en matière économique. Tout changement de gouvernement peut remettre en cause des systèmes d’incitation fiscale mis en place par l’équipe précédente (même si certains dispositifs, comme la loi Malraux, sont en place depuis un demi-siècle).

L’évolution locale des prix au mètre carré dépend en partie de la politique menée par la ville (promotion ou pas de certains quartiers), mais aussi de la vigueur de son tissu économique, de l’attrait qu’elle exerce sur les étudiants, sur les jeunes ménages de cadres avec enfant.

Il suffit, dans certaines villes moyennes, d’une faillite d’une grosse entreprise locale pour faire évoluer le marché.

L’information « à jour » ne suffit donc plus, ce qui prouve bien le côté théorique de la Main Invisible, cette théorie libérale des marchés dont les acteurs prendraient, globalement, les meilleures décisions : elle repose sur le principe théorique d’une information parfaite, de plus en plus irréaliste.

Les choix à long terme incluent donc une part d’incertitude de plus en plus grande. Comment la gérer ?

Le choix d’un investissement immobilier doit se faire sur des fondamentaux

A moins d’être un professionnel de l’immobilier gérant un gros portefeuille de biens, les choix d’investissements immobiliers doivent donc se faire par rapport à sa situation personnelle, au risque de se retrouver « coincé », et ne pas tenir compte, du moins dans une première phase, des incitations fiscales.

Autrement dit, choisir d’investir avec un endettement sur vingt ans sur un type de bien principalement à cause des incitations est une erreur.

Par contre, si on décide d’investir pour habiter et que l’on peut, pour quelques années, louer, alors choisir un bien « Pinel » est une bonne décision : le choix de base reste d’investir pour habiter son logement principal. Le lieu n’est pas définit par une recherche de déductions fiscales, mais par l’endroit où l’on souhaite se fixer. Si, en plus, on peut bénéficier d’une diminution d’impôts, c’est une bonne chose.

Autrement dit, un investisseur privé ne devrait tenir compte des politiques économiques que « toutes choses égales par ailleurs ».