La crise, née de l’automatisation, fait renaitre les petits boulots

C’est un raccourci qui est faux, comme tous les raccourcis, mais qui contient une part de vérité : après avoir permis une croissance importante de l’économie, l’automatisation de la production a conduit à une baisse importante de l’emploi ouvrier. Dans le même temps, l’augmentation de la richesse conduisait à une hausse généralisée des salaires.

A ce moment là, une délocalisation importante s’est produite dans les pays en voie de développement, dont les coûts de main d’oeuvre étaient beaucoup plus faibles qu’en Europe. Des filières entières, comme le textile ou la sidérurgie, ont été sinistrées par cette concurrence.

Aujourd’hui, une grande partie de la crise occidentale s’explique par un manque de compétitivité généralisé dans les activités du secteur primaire (agriculture) et secondaire (industrie), tandis que le secteur tertiaire souffre face à un tarissement de la demande.

L’automatisation a d’abord tué les petits boulots

Parcmètres au lieu de gardien de parking, portiers électroniques remplaçant les concierges, caisses de supermarchés où le client pèse lui-même ses articles – il les emballe depuis des années, continuent le mouvement qui a « libéré » hommes et femmes, en commençant par les lavandières remplacées par les machines à laver.

Deux lavandières en costume d'époque

En France, on ne voit plus les lavandières que lors de reconstitutions historiques

Si la machine peut être plus économique que l’homme, cette évolution a contribué à marginaliser les personnes sans qualifications particulières, peu à peu incapables de trouver un emploi. Au lieu d’être productives, elles deviennent un poids pour la société, qui doit malgré tout les prendre en charge, via des allocations diverses, chômage, RSA, etc…

Le renouveau des « services à la personne »

C’est un mouvement général, dans tous les pays industrialisés : le retour du petit boulot, sous des formes diverses.

Il n’avait d’ailleurs jamais totalement disparu dans certains pays : aux Etats-Unis, laveurs de voiture, aides aux caisses des supermarchés pour emballer, n’ont jamais cessé leur activité.

Mais le petit boulot prend des dimensions nouvelles, à la fois sur internet et dans la « vie réelle ».

Les places de marché internet ouvrent de nombreuses possibilités

Les Turks Mécaniques d’Amazon

Les Turks Mécaniques d’Amazon sont une place de marché virtuelle qui permet à toute personne de demander qu’on fasse pour elle des travaux simples mais pas totalement automatisables, qui seront payés un petit prix. Les exemples donnés sont l’identification d’objets sur une photo, une transcription audio. Une API existe, qui permet de

faire travailler une base mondiale de milliers de travailleurs hautement qualifiés à la demande et avec un faible coût.

Les places de marchés virtuelles

Moins sophistiquées qu’Amazon, des places de marché virtuelles mettent en rapport des gens qui proposent des services à faible prix avec des clients potentiels. Si la plupart concernent des services professionnels, d’autres peuvent être des cours de langue, des cartes d’anniversaire, ou remplir une déclaration administrative.

Un livreur de lait du XIX° siecle avec sa charette

Livreur de lait, un métier ancien qui s’est conservé en « petit boulot » dans de nombreux pays

Les services à la personne « dans la vraie vie »

Certains services, qui avaient complètement disparu, comme écrivain public, reprennent de l’importance. Ils se sont transformés, en élargissant leur champ de compétence : l’écrivain public, en plus de rédiger des CV, des courriers, ou de remplir des formalités administratives, écrit aujourd’hui des mémoires, corrige des manuscrits.

Un article de Slate présente un autre petit boulot inédit : « je fais la queue à votre place« . Bien connu à l’époque du communisme dans les pays de l’Est, il réapparait aux Etats-Unis, où Robert Samuel fait la queue pour ceux qui veulent s’offrir le dernier Iphone ou une place de concert sans devoir y passer la nuit.

Les fournisseurs d’alibis peuvent aussi se ranger dans cette catégorie de nouveaux petits boulots. La location d’appartement par un particulier, en passant par un site comme AirBnb est plus problématique : on n’est plus dans le petit boulot, mais dans une activité réellement professionnelle, réglementée et qui devrait être couverte par des assurances spécifiques. D’ailleurs, alors que les petits boulots sont facilement légalisables avec un statut d’auto-entrepreneur, une activité de location en meublé est, quoi qu’il en soit, soumise à autorisation.

Le secteur des personnes âgées

C’est bien entendu celui qui est le plus demandeur de services. Même des grosses entreprises comme la Poste se positionnent sur le créneau. Après avoir réduit sa présence dans de nombreux villages trop petits, la Poste cherche à pallier sa perte d’activité par de nouveaux services. Ce que le facteur faisait autrefois bénévolement (apporter des courses, par exemple), est maintenant proposé comme des services facturés.

 

 

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