Comment expliquer la stagnation du crédit à la consommation ?

L’année 2016 n’a pas été particulièrement brillante sur le plan économique. Les équilibres mondiaux sont menacés par plusieurs événements dont les conséquences à moyen terme sont impossibles à chiffrer : le Brexit, bien sûr, mais aussi l’élection de Donald Trump, qui compte mettre un point d’arrêt aux grandes négociations commerciales multipartites, enfermer les Etats-Unis dans un isolationnisme économique pour « Make America Great Again », mais dont les débuts en politique sont aussi trublionesques que le reste de sa communication.

Les incertitudes économiques en Europe

En Europe, certains prédisent d’autres sorties de l’euro, en particulier celle de l’Italie, aujourd’hui en crise politique grave suite à l’échec électoral et à la démission de Matteo Renzi. Partout, les partis populistes ou extrémistes grimpent dans les sondages, en France, par effet de balancier, Jean-Luc Mélenchon se.présente comme un candidat crédible, face à une gauche éclatée, mise KO par l’impopularité de son président. A droite, celui qu’on a surnommé l’Abbé Fillon présente un panel de mesures qui donneraient satisfaction à un Républicain américain, et se trouve obligé de retirer la plus controversée d’entre elles (la Sécurité Sociale aurait transféré la « bobologie » à l’assurance privée pour se concentrer sur les pathologies lourdes).

La Bourse et les marchés détestent l’incertitude, et l’incertitude augmente sur tous les fronts. Les stratégies d’investissements sont donc plus malaisées dans un contexte où, finalement, on n’est certain que d’une chose : la France va connaître de grands changements économiques en 2017, à la fois en interne et, sans doute, du fait de la conjoncture internationale.

Impact sur les taux d’intérêts

Qu’est-ce que cela veut dire sur les taux d’intérêt ? Fondamentalement, le taux d’intérêt représente la rémunération du risque du prêteur. (Et c’est pour cela qu’il est interdit non seulement en Islam, mais aussi dans le Christianisme, qui en supprimera l’interdiction pour financer les routes commerciales du XVIII° siècle).

Ce qui est vrai au niveau micro-économique peut s’inverser au niveau macro-économique : les banques sont aujourd’hui tellement frileuses et peu disposer à prêter que la banque Centrale de Francfort les rémunère sur les prêts qu’elles injectent dans l’économie, et c’est pour cela qu’on parle de taux d’intérêts négatifs.

Ceux-ci se retrouvent sur les taux pratiqués auprès du grand public. En particulier les taux des crédits à la consommation, traditionnellement les plus élevés, restent très bas, entre 1% et 4% selon les types de crédit et les durées.

On note d’ailleurs que, contrairement à ce qui se produit pour les emprunts à long terme, dans le cadre du crédit à la consommation, plus la durée est longue, plus le taux d’intérêt est élevé. Reflet de la politique de risque, qui considère que si vous ne pouvez pas rembourser un crédit sur la durée de vie habituelle du bien financé, le prêteur court un risque.

L’enquête mensuelle de l’ASF montre une forte baisse de l’activité des établissements de crédit au troisième trimestre 2016, après un début d’année faiblement en expansion. Cette stagnation traduit bien une inquiétude économique. En effet, elle survient à un moment où la consommation devrait redémarrer, la courbe du chômage étant enfin – trop tard ? – inversée.

L’augmentation des autres modes de crédit

Néanmoins, pour avoir une vue complète, il faudrait prendre en compte l’évolution de deux autres modes de financement, la LOA et le crowdfunding.

Le développement du leasing

La LOA (Leasing avec option d’achat) est, en pratique, un crédit à la consommation pour lequel le transfert de propriété ne se fait qu’à la fin du remboursement, au lieu d’avoir lieu au début.Réservée aux biens durables (voiture, bateaux), elle connaît un développement important car elle est souvent plus rentable qu’un crédit classique.

Le développement du crowdfunding

Au sens strict du terme, seul le crowdlending devrait être intégré à cette analyse des crédits à la consommation. Mais en pratique, beaucoup d’opération de crowd-funding permettent de lever des petits montants, de l’ordre de quelques milliers d’euros, pour lesquels, habituellement, les particuliers ou les indépendants faisaient un crédit à la consommation.

Publier un livre, faire un voyage autour du monde, créer une association, autant de besoins de financement qui ne rentrent pas dans les grilles d’analyse traditionnelle des crédits aux entreprises, alors que le crowd-funding y est particulièrement adapté.

Or la France est un des pays où cette forme de financement participatif est des plus développées, avec plusieurs centaines de millions d’euros financés.Les taux d’intérêts pratiqués pour le crowdlending sont élevés (on est entre 7 et 10% en moyenne), par contre les autres financements, par définition, sont sans intérêt.

Peut-être le succès de cette formule explique-t-il en partie la stagnation des crédits à la consommation ?